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Mais qui est Benoît XVI ? (suite)

Abbé G. de Tanoüarn

Pacte n°93 - mai 2005

Réfléchissons un peu : les documents qui ont émaillé le pontificat de Jean Paul II se laissent très clairement distinguer : il y a ceux qui reflètent le style très personnel du pape slave et ceux qui apparaissent comme plus rigoureux et plus impersonnels. Comme le dit le cardinal Ratzinger dans le texte qu’il a consacré aux 20 ans de pontificat de Carol Wojtyla : “ Ses lettres des premières années de pontificat sont très fortement marquées par sa réflexion et sa méditation personnelle (...) Les textes magistériels de la deuxième décennie se déploient en profondeur ”. On perçoit l’ombre d’une critique dans cette appréciation du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, qui du reste ne commentera, dans cette évocation de 20 ans, que les textes de la deuxième décennie. Est-ce un procès d’intention que de noter que, durant cette seconde décennie le cardinal Ratzinger devient intellectuellement très présent ? Après tout, c’est bien Pie XII, alors qu’il n’était encore que Pacelli qui écrivit les grandes encycliques de son prédécesseur, condamnant le communisme et le nazisme.

On peut établir la ligne de partage des eaux en 1991. Le Mur de Berlin est tombé depuis deux ans. L’hyper-puissance américaine n’a plus de rivale. Le libéralisme post-reaganien s’impose comme le modèle unique de croissance mondiale aux couleurs de l’Union Jack. Dans l’encyclique qu’il écrit pour le centenaire de Rerum novarum, Jean Paul II critique violemment une démocratie qui prétendrait se passer de toute loi morale transcendante et qui, devenant le bras armé du relativisme obligatoire, serait bel et bien en danger de totalitarisme. Cette critique du libéralisme politique, on la retrouvera dans Veritatis splendor (l’encyclique de 1993 sur l’objectivité de la loi morale) et dans Evangélium vitae, où, en 1995, le pape va jusqu’à prôner la désobéissance civile des chrétiens. Mieux vaut pour eux désobéir que de cautionner les lois autorisant l’avortement, explique avec force le pape. On retrouve cette critique de la démocratie moderne, dans un livre écrit en 1993 et qui ne sera publié qu’en février 2005, pour servir de testament spirituel, Mémoire et identité. Il me semble que ce virage antilibéral de Jean Paul II, tellement étonnant de la part de l’auteur de Personne et acte, pourrait bien trouver sa source dans l’évolution (un peu antérieure) d’un certain Josef Ratzinger. C’est en effet au cours d’une Conférence –donnée comme en catimini à Santiago du Chili au mois d’août 1988 – que le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi met en cause violemment le libéralisme politique et social, dominant le monde occidental. Je me plais à imaginer qu’à une telle date l’ombre de Mgr Marcel Lefebvre planait certainement sur le cardinal Ratzinger et que – d’une certaine façon – cette conférence à Santiago, qui inaugure un nouvel antilibéralisme au Vatican, pourrait bien avoir sa source ultime dans l’action de l’ancien archevêque de Dakar.

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