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Un drôle de papabile

Abbé G. de Tanoüarn

Pacte n°91

Le cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise, l’un des évêques les plus en vue de l’autre côté des Alpes, vient de faire acte public de candidature au Souverain pontificat, à travers un entretien retentissant, publié par Henri Tincq dans Le Monde du 19 mars dernier. Sujet de l’entretien: les rapports entre christianisme et islam. Titre entre guillemets : “ Le métissage entre chrétienté et islam n’est pas une idée naïve ”. En lisant attentivement la prose de l’archevêque, on s’aperçoit que la rédaction du journal n’a pas forcé la note, comme on pouvait l’espérer. Le thème et la thèse de l’actuel Patriarche de Venise se trouvent très correctement résumés par cette expression. A 62 ans, ce dignitaire ecclésiastique a le temps de voir ses thèses se banaliser jusqu’à devenir l’enseignement officiel de l’Eglise catholique.

Son discours repose sur deux étais très importants : le premier, c’est bien sûr le concile Vatican II, la notion de dialogue interreligieux qui y a été développée et la notion d’humanisation de l’homme qu’enseigne la Constitution pastorale Gaudium et spes. Le second, c’est l’opinion courante selon laquelle toutes les religions ont le même but (l’éducation de l’humanité) et les mêmes moyens (la foi et son dynamisme) et que, par conséquent, elles sont toutes appelées à s’entendre, même s’il est vrai qu’il faudra du temps pour cela : le sens de l’histoire est l’union des religions.

Revenons sur ces deux points et voyons comment le cardinal développe son raisonnement sur la nécessité du métissage. “ Ce métissage, déclare-t-il, est une réalité, attestée comme processus historique en acte par les migrations, les relations commerciales ou le tourisme. C’est aussi une chance : il faut prendre le risque d’un dialogue de communauté à communauté, de foi à foi, de langue à langue. Le témoignage personnel du croyant implique une identité forte, mais dynamique. Ou celle-ci est exclusive et débouche sur toutes les formes connues d’intolérance et de rejet. Ou elle est ouverte et capable de dialoguer d’égal à égal avec d’autres identités ”. Le dilemme posé par le cardinal est particulièrement significatif : ou intolérance ou dialogue d’égal à égal entre les identités. Autrement dit, celui qui n’est pas capable de considérer le christianisme comme égal à l’islam, celui qui se mêlerait de trouver dans sa religion chrétienne des raisons établissant sa supériorité par rapport aux autres, celui-là est nécessairement un intolérant. Crime capital. Péché irrémissible dans une société libérale...

Le cardinal ne semble pas se rendre compte de ce que cette égalité des religions, décrétée a priori, sans aucun effort pour connaître l’autre dans ses différences, peut avoir d’artificiel et de profondément irreligieux. L’interviewer, Henri Tincq, en a vu d’autres. Mais il tente de ramener Mgr Scola à des sentiments moins laïques et plus chrétiens, en lui posant trois questions identitaires. Il évoque d’abord les communautés chrétiennes du Proche Orient, qui paraissent critiques vis-à-vis de l’islam. L’évêque répond, impavide : c’est à nous de “trouver des instruments d’éducation pour les communautés chrétiennes qui vivent avec les musulmans ”. Tincq reprend en essayant de montrer que c’est l’islam qui devrait bénéficier en priorité de ces instruments d’éducation. Mais le Patriarche de Venise répond que dans le dialogue à égalité qu’il projette, il n’entend pas “ exiger à tout prix la réciprocité ”. Autrement dit, l’égalité dans le dialogue est à sens unique : c’est aux chrétiens de se mettre à la portée des musulmans et non l’inverse. A nouveau, Henri Tincq objecte à l’évêque que l’identité chrétienne est en crise et qu’elle ne peut pas forcément se payer le luxe de la non-réciprocité dans le dialogue. Poussé dans ses retranchements, le Patriarche de Venise offre à Henri Tincq ce que j’appellerais la réponse de l’apparatchik, une réponse purement idéologique : “ Je n’aime pas ce mot de crise. Je préfère parler des douleurs de l’accouchement de l’homme ”. Il faut noter que, dans cette réponse, on est passé insensiblement de l’identité chrétienne et de la crise de l’Eglise à l’identité humaine et à l’avènement de l’homme. Avènement difficultueux, mais dans lequel l’évêque a manifestement une foi inentamée. Nous sommes en plein romantisme chrétien, oui en plein XIXème siècle. Mgr Scola n’a rien appris, rien compris. Il persiste à penser que le salut du christianisme viendra de la convergence entre le projet humain et le projet chrétien : “ Que désire l’homme post-moderne, sinon le bonheur et la liberté ? Or n’est-ce pas le programme de vie qu’offre le christianisme, délivré des conceptions absolutistes et réductrices de l’histoire qui ont fait tant de mal au XXème siècle ? ” Dans la droite ligne de Vatican II, dans une fidélité “émouvante” au projet laïque pour une Europe sans entraves, Mgr Scola se fait le prophète de la miraculeuse convergence entre le désir de l’homme le plus ordinaire et l’Evangile de Jésus Christ. Bonheur! Liberté ! La conviction secrète de l’évêque, c’est que l’islam finira par y venir aussi... et qu’alors on se retrouvera tous dans une civilisation de l’amour aux multiples couleurs...

L’utopie a la vie dure !