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Signes extérieurs d'intégrisme

Abbé G. de Tanoüarn

Pacte n°84 - 26 mars 2004

Les événements marquants pour la Tradition catholique se sont multipliés à Paris en ce mois de mars si changeants, jusqu'à la sortie, le 31 mars, du film de Gibson. Il ne faudrait pas que nous en oubliions un colloque, organisé conjointement par Civitas et par l'abbé Thouvenot, recteur de l'Institut Universitaire Saint Pie X, qui s'est tenu le 20 mars dernier au Forum de Grenelle dans le XVème arrondissement. Réussite sur toute la ligne. Le plus intéressant dans cette réunion,c'était encore le thème et la manière dont il fut traité par les nombreux intervenants qui se succédèrent sur l'estrade : Géopolitique de l'intégrisme.

Comment définir l'intégrisme ? Ce slogan trop souvent entendu finit par regrouper tous les opposants à la mondialisation heureuse, de quelque religion, de quelque politique qu'ils se réclament. Comment reconnaître l'intégrisme ? L'un des intervenants, que les lecteurs de Certitudes connaissent bien, Jacques Henry, a proposé la définition suivante : « Je définis l'intégrisme comme une idéologie (philosophie diffuse) fortement opposée à la vision chrétienne du monde, à caractère religieux, à caractère politique, et qui conduit à une certaine forme de surdité ou aveuglement par rapport à la réalité et au pire à la guerre sainte ». Le ton était donné ! L'abbé de Tanoüarn avait proposé le matin même de définir l'intégrisme comme une variante absolument moderne de l'idéalisme, un idéalisme pratique qui se formule donc comme un légalisme (le règne du Tu dois/tu ne dois pas) et qui se caractérise par son refus de reconnaître une forme de nature universelle, surplombant les diverses croyances et dont le respect s'impose à tous les hommes sans distinction. Il pointait du doigt trois intégrismes principaux, trois légalismes, tendant à la théocratie ou à l'idéocratie : l'intégrisme juif, l'intégrisme musulman et l'intégrisme républicain ou laïque.

L'abbé Héry avait la charge de définir l'intégrisme catholique : il le fit longuement, en remontant au XTXème siècle, pour découvrir une matrice commune à l'intégrisme et au progressisme dans un commun refus de la réalité dans sa complexité. Il citait Emile Poulat dans Certitudes : « Historiquement le catholicisme intégral et le catholicisme social sont, sous Pie X, deux produits de la dissociation du catholicisme intransigeant, régnant au XIXe siècle »... Quant à François Thual, dont les travaux en géopolitique font autorité, il concluait son exposé en mettant en cause, dans la naissance de l'intégrisme, un mauvais rapport au temps, une négation pratique (et gnostique) du temps. Et de pointer la mégalomanie des hommes qui pensent que c'est eux qui doivent sauver Dieu et non Dieu qui vient les sauver. Je pensais en l'écoutant à la formule d'André Frossard : « L'intégriste est celui qui veut faire la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou pas ».

Ce colloque extrêmement riche et dont je suis loin d'épuiser la matière, il n'est pas indifférent qu'il ait été organisé par la Fraternité Saint Pie X, à travers l'Institut du même nom. Cela nous rappelle que saint Pie X est le pape qui, le premier, a condamné l'intégrisme en la personne de Ramon Nocedal, un dissident du carlisme espagnol, dont la politique tendait à faire de l'Espagne une sorte de théocratie.