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La Passion du Christ, telle que je l'ai vue

Abbé G. de Tanoüarn

Pacte n°84 - 26 mars 2004

La Passion du Christ de Mel Gibson a réuni près de 1300 personnes à la Mutualité le 22 mars dernier, à l'appel de l'abbé de Cacqueray et de la Fraternité Saint Pie X. Un record, qui montre bien que ce film est attendu, et avec quelle intensité ! Mgr Fellay a su trouver les mots qui ont fait partager à la foule son émotion devant cette si belle reproduction de la Passion, et chacun put voir les « premières images du film ». Un silence religieux suivit les applaudissements à la fin de cette réunion peu ordinaire.

Je voudrais vous donner brièvement mes impressions, moi qui ai pu voir le film avant sa diffusion officielle en France.

Je crois d'abord qu'on peut dire : ce n'est pas un film sur Jésus parmi d'autres. Le fait d'avoir voulu représenter une si brève période de cette vie, le fait d'offrir aux spectateurs le spectacle intégral de cette Passion, cela est sans équivalent dans l'histoire du cinéma. Le film a été tourné en latin et en araméen, mais Gibson n'envisageait pas de traduction. Pour la plus grande diffusion de son film, il s'est finalement laissé fléchir, admettant des sous-titrages. Mais son principe esthétique demeure perceptible : l'image doit parler d'elle-même, sans commentaires ; chacun est ainsi reconduit à sa propre foi et à son honnêteté personnelle face au récit évangélique. Les seules explications (toujours en images) sont tirées de l'Evangile lui-même, à travers des flash bock très courts, sur l'enfance, sur la Prédication du Christ, sur le dernier repas, comme premier sacrifice etc. Gibson ne cherche ni à nous faire la morale ni à nous enseigner le catéchisme. En véritable baroque, il se satisfait de la plénitude des images, cultivant minutieusement le réalisme de chaque scène...

L'un de mes amis, cinéphile éminent, estime que je n'ai pas le droit de parler de la beauté baroque des images de ce film. « Quant à moi, me dit-il, je vois un tel déchaînement de violence qu'il ne reste plus sur l'écran qu'un corps sans âme »...

On peut penser parfois que Gibson en fait trop : certes, le fait que le crucifié ait été « cloué » sur la croix est attesté par l'Evangile lui-même. On ne pouvait donc pas éviter de montrer cette scène, qui revêt du reste une étrange beauté, aux antipodes de toutes formes de complaisance morbide. Mais la représentation de la flagellation, qu'en penser ? On voit les bourreaux, avinés, édentés, pervers, changer de fouet et compter jusqu'à 120 coups... Chez les Romains, la flagellation était limitée à quarante coups moins un, parce que l'on considérait qu'au-dessus de ce nombre, il y avait danger de mort pour le condamné. Dans le Jésus de Nazareth de Zeffirelli (1977), on ne discernait sur le corps du Crucifié que quelques écorchures. Avec Mel Gibson, le Christ devient une plaie vivante. On pense à la prophétie d'Isaïe : « De la plante des pieds au sommet du crâne, il n'y avait plus rien en lui d'intact ». Ce sont les études scientifiques faites sur le Saint Suaire et prouvant son authenticité qui ont orienté le réalisateur américain. L'image authentique du Christ mort est littéralement zébrée de coups : le docteur Barbet en a dénombré plus de cent, auquel il faudrait rajouter les coups qui n'ont pas laissé leur marque. Tout indique que la résistance humaine à la souffrance de celui que saint Paul appelle « le plus beau des enfants des hommes » a été tout simplement exceptionnelle. Gibson n'invente rien ! Il ne fait preuve d'aucune complaisance : « C'est comme c'était » dit Jean Paul II. On peut même dire que Mel Gibson ne reprend pas toutes les pathologies discernables sur le Suaire... « Il est en dessous de ce que l'on déchiffre sur cette précieuse relique », me déclare Michel Moubèche, directeur de la Revue du Linceul de Turin.

On peut contester certains procédés cinématographiques en estimant par exemple que la multiplication des "ralentis" n'est pas du meilleur goût. Mais tant de scènes sont d'une émouvante beauté ! On est porté à absoudre le réalisateur de quelques péchés véniels mode in Hollywood, pour entrer avec lui, sans tergiverser, dans le Mystère de la Passion ! Il faudrait plus d'espace que celui dont je dispose ici pour évoquer chaque personnage et montrer combien, positifs ou négatifs, ils trouvent le ton juste. Hérode, Pilate, Judas, ces trois-là on ne les oublie pas, ils donnent, chacun à leur manière un visage à notre péché. Mention spéciale au diable : ni homme. ni femme, tout simplement crédible. En face d'eux, Jim Caviezel semble avoir été créé pour le rôle du Christ. Autour de lui, les personnages féminins sont lumineux. La foule déferle, vociférante, les apôtres se sont enfuis, elles continuent, à elles seules, à incarner l'humanité et la bonté : la femme de Pilate, sainte Véronique, Marie Magdeleine, à laquelle Monica Bellucci (seule star du film) prête sa beauté... en silence ! La Vierge Marie enfin, qui est le cœur de ce film. Depuis le début, elle assiste à tout, elle communie avec une impressionnante dignité aux souffrances de son Fils. Elle croit, elle craint, crispée dans une douleur muette et, lorsque la Croix se dresse vers le ciel, elle comprend…