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Le triomphe de Gibson

abbé G. de Tanoüarn

Pacte n°83 - 29 février 2004

A peine Laurent Lineuil m'avait-il envoyé cet article, le 29 février dernier que l'on découvrait la suite de cet exceptionnel « programme Gibson » et qu'on en apprenait davantage sur le destin de son film en France. Les distributeurs ordinaires s'étaient récusés par crainte de donner du grain à moudre à l'antisémitisme... Ni Gaumont, ni UGC, ni MK2, si prompt pourtant à braver les interdits au nom de la liberté d'expression, non aucun des grands distributeurs français n'avait osé se risquer à patronner la diffusion en France de La Passion du Christ. Dès le 26 février pourtant, le quotidien de "référence", « Le Monde », reconnaissait, sous la plume de Patrick Jarreau envoyé spécial à Washington, l'absence de toute forme d'antisémitisme dans l'œuvre de Mel Gibson. Mais le blocus demeurait, le Christ restait interdit d'écran en France. Et la France, cultivant une fois de plus l'excep­tion laïque, était le seul pays au monde à revendiquer une telle exclusive et une telle censure. L'atmosphère s'alourdissait chaque jour.

Et puis, miracle, on apprenait l'accord intervenu entre Icôn production, la société de Mel Gibson et un Tunisien Tarak Ben Ammar, qui se charge donc de la distribu­tion du film dans notre pays. Ironie de l'histoire : c'est un musulman, qui, dans ce vieux pays chrétien, va permettre à la Pas­sion du Christ d'être visionnée sur les écrans de l'Hexagone. La sortie officielle aura lieu autour de Pâques.

Il faut noter que Tarak n'est pas distri­buteur mais producteur. Symbole : c'est lui qui, en 1977, avait produit le film de Franco Zeffirelli Jésus de Nazareth. Il a été tel­lement outré du traitement réservé à La Passion par la France, ce pays qui se vante d'être la patrie de la liberté et des droits de l'homme, qu'il a décidé de se lancer dans la distribution. « Pour lutter contre l'intégrisme » a-t-il déclaré. Il n'a pas précisé de quel intégrisme communautaire il s'agissait...

Ces ecclésiastiques qui « évacuent la Croix du Christ »

Pour justifier leurs réserves sur le film, les journalistes spécialisés en sont réduits à des expédients. Désormais ils mettent en cause sa violence, en dénonçant, selon une formule destinée sans doute à faire florès, l'évangile selon saint Sade. Ridicule déro­bade, lorsqu'on sait ce qui sort dans les salles obscures chaque mercredi... Certes, aux Etats-Unis, le film est classé « R », c'est-à-dire qu'un enfant n'est pas autorisé à le voir s'il n'est pas accompagné par un adulte. Mais ce classement même signifie qu'il existe bien d'autres films, interdits au moins de 13 ans par exemple, qui sont donc réputés plus violents.

Au fond, c'est le principe même de la représentation de la Passion du Christ qui est attaqué (et que l'on a essayé de censu­rer). Les autorités religieuses ne sont pas en reste. Le cardinal Lustiger nous dit qu'il ne faut pas la « théâtraliser » (comme si le moindre Crucifix n'était pas une théâtrali­sation de la Passion). Le Père de La Morandais insiste, quant à lui, sur le fait que Gibson (dans ce film qu'il n'a pas vu) a « dolorisé » l'image du Christ.

La réaction de ces ecclésiastiques pose un  important problème théologique. On veut bien du Christ qui nous dit « Aimez-vous vous les uns les autres », parce qu'on tire de cette formule un appel à tolérance, principe cardinal de la morale humaniste actuelle. Mais on ne peut pas supporter le Christ qui fait face à l'étrange puissance du mal, au nom de l'amour ; on oublie le champion de la Vie, mis à mort, mais qui « par sa mort a détruit la mort ». Bref, ces ecclésiastiques font partie de ceux que dénonçait déjà saint Paul et qui « évacuent la Croix du Christ ». L'Apôtre des Nations déclarait, quant à lui, avec hauteur : « Je n'ai rien voulu connaître que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié ». La puissance du christianisme, c'est la Croix. L'impuissance d'une Eglise à la remorque des idéologies à la mode, c'est le résultat de cette autocensure ecclésiastique. La polémique qui règne autour du film de Gibson est révélatrice d'un malaise régnant parmi les chrétiens qui ne veulent plus de la Croix. Le génie de Mel Gibson, son choix délibéré d'une esthétique baroquisante (celle du Caravage déclare-t-il au « Figaro ») pourrait bien faire reculer les tristes tenants de la mauvaise conscience chrétienne en aidant l'Eglise tout entière à se ressaisir de son message.