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Vatican II perdu et retrouvé

Abbé Bruno Schaeffer

Pacte n°79- Octobre 2003

A-t-on perdu Vatican II ? Le titre du livre de Noël Copin Vatican II retrouvé le laisse supposer. Joyeux de posséder à nouveau son trésor disparu, l'ancien journaliste parle du concile non comme d'un événement historique, mais comme d'un « esprit qui fait vivre ». Un concile pourtant essoufflé, considéré comme dépassé par les uns, comme une erreur par les autres, mais revivant à Assise grâce à Jean Paul II, dans cet acte essentiel présenté par le pape comme l'effet du Concile. En une formule, Noël Copin résume sa pensée « Aimer le monde, c 'est cela être conciliaire. » Bien des partisans du Concile reprochent à ce texte un optimisme exagéré. Pour d'autres le Concile n'intéresse plus « qu'une arrière-garde nostalgique et vieillissante. » Faut-il ajouter à cette sourde critique le poids des adversaires traditionnels du Concile, qui le rendent responsable du déclin de l'Eglise ? Selon eux l'Eglise à Vatican II, « dans un mouvement d'euphorie, sacrifiant à la mode, cédant au modernisme se serait engagée sur une fausse route. »

L'auteur, envoyé naguère par le journal La Croix, pour « couvrir » le Concile après la mort de Jean XXIII, a suivi les travaux de près. Selon lui, le fil conducteur en est la « conscience personnelle », S'il ne devait conserver qu'un seul texte, Noël Copin choisirait la Déclaration sur la liberté religieuse, signe majeur de l'« Evolution » accomplie. Pour lui, la réforme liturgique passe à un se­cond plan « moins décisif que la liberté reli­gieuse, l'œcuménisme et le dialogue inter religieux ».

Le Concile retrouvé par notre journaliste est bien celui de nos oppositions, il y voit la cause de ce qu'il appelle à plusieurs reprises : le schisme lefebvriste. Mais chaque texte a son importance. Lumen Gentium en dissolvant le mystère de l'Eglise dans le flou du « peuple de Dieu » prépare la rencontre implicite de tous les hommes en quête de divinité. Dei Verbum, la constitution sur la révé­lation aboutira seulement lors de la quatrième session. Délai indispensable à « sa pleine harmonie avec la déclaration sur la liberté religieuse » et à la perspective du dialogue œcuménique.

Pour l'auteur, la réforme liturgique s'en prenait seulement à « la rigidité des habitudes » ; mais la liberté religieuse concerne « la rigidité des convictions ». Occasion de redire que « le schisme de Mgr Lefebvre est d'une autre nature que les remous suscités par les interprétations et les applications de la réforme liturgique. »

En matière liturgique, le concile a cherché à s'adapter aux tempéraments, aux cultures dans un souci de « plus de spontanéité et d'authenticité ». C'est un début : « l'ouverture vers une évolution, vers une liberté. » Regret de l'auteur : Vatican II n'a pas supprimé les encen­soirs. Quitte à en conserver quelques-uns dans une vitrine de musée, en double symbole de « ce que les hommes ont cru à une époque devoir faire pour Dieu » et « de l'heureuse évolution de l'Eglise ». A l'entendre, seul le père André Gouzes à Sylvanès pourrait conserver le sien, mais il faudrait n'aller le voir que lorsqu'il « s'empare d'un encensoir et le balance avec vigueur en chantant. » La cohérence de Vatican II viendra, nous pro­met-il, à travers le dépassement attendu d'une contradiction entre son anthropocentrisme et son christocentrisme. Cette impression de deux centres fut critiquée par les progressistes mais ce sont « surtout les traditionalistes et les intégristes qui ont repris assez systématiquement ce grief. » La lecture des textes à la lumière de Gaudium et spes ne laisse aucun doute. En conclusion du Concile Paul VI revendiquera solennellement ce cul­te de l'homme.

L'auteur voit avec raison dans cet événement une vraie révolution. Le concile écrit-il « est un ensemble, liberté religieuse, autonomie des réalités humaines, Eglise peuple de Dieu, rôle des laïcs », tout se tient. Néanmoins la liberté religieuse est essentielle, elle est la pointe, « l'aboutissement logique ». Sans elle « le concile n'aurait pas été ce qu 'il a été ». D'où « la vivacité des réactions des conservateurs contre la liberté religieuse ». Il faudra d'ailleurs attendre « le schisme intégriste » afin d'en « mieux saisir la profonde signification ». Selon Copin lui-même, la contradiction entre le texte du Concile et le Syllabus est « flagrante ». Certains évêques tentent de la réduire à une apparence de contradiction. Mais, poursuit l'auteur, pour­quoi ne pas admettre ce « changement radical » exigé par le dialogue œcuménique ? La nouvelle doctrine reste mal comprise, se désole-t-il. Le monde hostile à l'Eglise la perçoit comme une tactique pour « reconquérir le pouvoir perdu ». Au-delà de la contestation intégriste, elle va choquer « des catholiques qui ont cessé la pratique régulière » voire même « des laïcs déconcertés de ne pas reconnaître leur traditionnel adversaire. » Le pauvre monsieur Copin nous apparaît bien embarrassé de son concile retrouvé. Que va-t-il en faire ? Paul VI, imaginant les questions des historiens du Concile sur l'activité de Vatican II, répondait pour eux : « L'Eglise aimait ». 40 ans après l'achèvement du Concile, on peut écrire avec douleur : pour aimer le monde l'Eglise se haïssait elle-même.

Noël Copin, Vatican II retrouvé, Paris août 2003, Declée de Brouwer, 189 pages, 17 euros.