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Quand la Laïcité veut devenir une religion

Abbé G. de Tanoüarn

Pacte n°79 - octobre 2003

Alors que le président Chirac, à Valenciennes, n'a pas hésité à parler de fracture ethnique et religieuse, en évo­quant l'état de la société française aujourd'hui, les grands débats de société - ceux qui remplissent les colonnes des journaux - portent de plus en plus sur les symboles de cette fracture. Ainsi en est-il du nom de Dieu dans la constitution euro­péenne. Symbolique serait cette référence initiale à un Ordre transcendant et à un héritage historique chrétien, alors que tout le reste de cette constitution s'oppose à l'établissement de cet Ordre, en développant dans toutes les directions toutes sortes de droits pure­ment subjectifs, comme le "droit à l'homosexualité" par exemple ! Symbolique, purement symbolique ce ramdam autour du voile islamique à l'école, qui permet à quelques péronnelles de 16 ans de venir parader à la Télévision, fortes de l'importance qu'on leur donne. Obsédés par le voile islamique ou par la constitution euro­péenne et son préambule, les électeurs que nous sommes en ou­blient les vraies questions : l'intégration est-elle possible ? L'inté­gration est-elle souhaitable à n'importe quel prix ?

Ces débats sur des symboles sont évidemment instrumentalisés dans le show permanent de la société du spectacle. Ils sont piégés. Ils donnent occasion à beaucoup de gesticulations, à un étalage de bons sentiments, à un débordement de bonne conscience. Pour le reste... Rien de concret surtout !...

Et pendant ce temps, les loges s'agitent dans l'ombre. L'idéal laïc est en danger : que faire concrètement pour renforcer cette merveilleuse exception française qui absorbera une fois encore tous les problèmes et qui, naturellement, intégrera tous les étrangers ? Quelques sénateurs, anciens pontes de la Mitterrandie défunte, ont présenté un projet de loi, véritablement abracada-brantesque, visant à instaurer en France les rites obligatoires d'une véritable religion civile. Faire de la Neutralité un parti pris et même un culte, telle est la contradiction dans les termes que n'hésitent pas à assumer Michel Charasse, Guy Penne et quel­ques-uns de leurs amis, en présentant devant le Sénat un nouveau projet de loi. Il s'agit de rien moins que d'obliger tous ceux qui, pour marquer les grandes circonstances de leur vie, pratiquent un culte, quel qu'il soit, à rendre d'abord un culte public à la laïcité et aux droits de l'homme. Le projet est hallucinant. C'est sans doute cela que nous avons à craindre pour demain beaucoup plus encore que les soubresauts du communautarisme : une religion civile que l'on imposerait à tous, pour détruire définitivement la possibilité même de la foi sincère au fond du cœur. Le message, en substance, serait celui-ci : tu peux croire en Dieu si tu veux, cela restera toujours une simple opinion. Mais les droits de l'homme, voilà le dogme collectif auquel l'allégeance est due (surtout de la pan de ceux qui, par ailleurs, font profession d'une religion). Rentrons dans les détails du projet dont m'a fait part un ami avisé.

L'article 1 instaure un parrainage républicain. A l'occasion ' d'une petite cérémonie à la mairie, l'officier d'état civil fera don d'un exemplaire de la déclaration des droits de l'homme au nouveau-né pour matérialiser son adhésion à la foi civile. L'article 2 prévoit un rite de célébration pour le Pacte civil de solidarité (PACS). L'article 3 permet à la famille ou aux proches d'un défunt d'honorer sa mémoire par une cérémonie civile. L'article 4 prévoit une cérémonie spéciale pour la naturalisation- française. Sou­lignons l'article 5, particulièrement significatif de\e nouveau pro­jet de laïcité : il rend obligatoires sous peine de lourdes amendes et de six mois d'emprisonnement les dispositions des articles 1 et 3. A entendre ces Olybrius, pour le baptême et pour l'enterrement, un rite civil devrait obligatoirement doubler le rite religieux et en fixer le sens. Quant à l'article 6. il prévoit que les corps constitués de l'Etat ne participeront plus à aucun culte. Dans une deuxième partie, il ajoute qu'aucun fonctionnaire ne pourra manifester sa re­ligion par un signe extérieur quelconque. Pour ceux (majeurs ou mineurs) qui se trouvent dans des locaux publics durant la journée (suivez mon regard) ils ne pourront pas davantage arborer quelque signe religieux que ce soit...

La nouvelle religion civile est en gestation. Oh ! Il est bien clair que, dans l'état actuel des choses, ce projet de loi ne sera approuvé ni par les sénateurs ni par les députés. Mais imaginons un retour au pouvoir du Parti socialiste... Les promoteurs de cette vision étroitement laïque y seront chez eux. On peut très bien envisager qu'à la faveur de tel conflit communautariste plus ou moins monté en épingle, une majorité parlementaire différente ne s'amuse à imposer une semblable perspective à tous les citoyens français. Décidément, la République une et indivisible n'a pas dit son dernier mot en France...